La victoire de Donovan

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Tout a commencé le plus banalement du monde : mon fils Donovan semblait avoir un orgelet à l'œil gauche. Il a subi plusieurs examens, mais son "orgelet" grossissait pour atteindre la taille d'une balle de ping-pong, ce qui nous inquiétait beaucoup.

Le jour de Noël 1997, tandis que nous fêtions ce merveilleux jour sereinement en famille, Donovan est tombé, inconscient. A 16 heures, nous étions au CHUV en toute urgence. Le résultat : 10 jours d'hospitalisation durant lesquels Donovan s'est montré si fort qu'il a forcé mon admiration. Il fallait lui faire une biopsie de la tête. L'opération était prévue pour le lendemain 16 décembre.

Je me retrouvais seule, anéantie et démunie devant mon enfant. Malgré la compassion de la famille, du personnel hospitalier, personne ne pouvait imaginer ce que mon cœur de mère endurait. Je voyais mon fils, ce petit être si vaillant, si joyeux et si courageux et je savais qu'on allait lui faire mal, pour le soigner, certes, mais comment expliquer cela à ce petit trésor ?
Ces dix jours furent terribles. Tout se bousculait dans ma tête. Sa merveilleuse naissance dans l'eau, ses premiers sourires, ses joies simples, ses peines, sa vie, nos vies. Ce fut une remise en question totale qui passa à une vitesse vertigineuse. Je passais de l'espoir au désespoir. Mon Donovan avait alors tout juste 5 ans. Pourquoi devait-il, à son si jeune âge, connaître la souffrance ? J'étais perdue dans un voile de doute. Cette situation m'échappait complètement. J'arrivais juste à percevoir que la mort rôdait autour de nous. Mon dieu ! Quel cadeau ! Pourquoi fallait-il passer par là pour réaliser l'importance de la Vie, de son aspect sacré et merveilleux ? Je n'avais plus peur : la seule chose qui m'importait en ces douloureux instants fut de veiller sur la santé et la Vie de mon enfant, de ma chair.

C'est avec lui que j'ai vécu ces 10 jours d'angoisse. Je n'aurai pas pu le quitter, ne serait-ce qu'un seul instant. Ce ne fut pas facile, mais il avait besoin de l'Amour et du soutien de sa Maman. Son Papa était alors hospitalisé pour une décompensation psychotique et ne pouvait m'être d'aucun secours. Pourtant, il fallait aussi encadrer mes deux autres enfants, Jonathan, alors âgée de 8 ans et le petit Raphaël, 2 ans ! Bien sûr, j'ai eu l'appui de la famille et des amis, mais dans ce genre de situation, on se sent vraiment seule, face à soi-même et à l'inconnu.

Donovan était troublant et fascinant : Il s'est montré fort et confiant, malgré son âge. J'étais si fière de lui, mais j'aurai voulu parfois être à la place de son nounours, pour pouvoir écouter ses confidences et tenter de répondre à ses interrogations. Il prenait les choses avec la conscience de son âge, différente sans doute de la nôtre. Son courage, sa douceur, ses merveilleux sourires, son petit corps si frêle, me donnaient des ailes pour tout affronter. Il fallait nous battre, coûte que coûte !

Dans ces moment-là, on ne cherche pas à être original ou honnête : j'ai donné libre cours à mes larmes, en cachette, dans les toilettes de l'hôpital. Croyante mais non pratiquante, j'ai marchandé avec Dieu pour qu'il donne quelques années de vie de plus à mon fils. J'ai vécu des moments forts et profonds, que l'on ne peut décrire avec des mots. J'ai même décidé, à un moment, de lâcher prise, de faire confiance à la vie, au personnel hospitalier, à la médecine, au destin, et de vivre cette situation avec amour. J'ai essayé de calmer les choses, d'y mettre de l'humour partout, afin de tout dédramatiser. Tout, pourvu que Donovan ne sente pas mes doutes. Je me devais de lui donner force et confiance !

Malgré tout, nous avons vécu des moments magiques. Le personnel hospitalier s'est montré si attentif, si merveilleux. Il a fait montre de tant de douceur et de complicité avec mon enfant. Lorsque l'infirmière arrivait avec une piqûre, une de plus, nous disions joyeusement "Attention madame l'infirmière ! Si cette piqûre fait mal, Donovan deviendra médecin chef et ce sont 1000 piqûres qu'il vous fera dans les fesses !" Tout le monde riait et jouait si bien le jeu ! Pour sa toilette, je lui disais qu'il avait de la chance d'être dorloté par un si jolie infirmière, gentille et souriante. Ce ne sont que des anecdotes, mais j'en ai des tonnes de cette trempe et elles nous ont aidés à surmonter ces moments.

 

A l'hôpital les jours passent. Lentement. Très, trop lentement. Aussi, la venue des clowns de la fondation Théodora était accueillie comme un cadeau. Je tiens également à les remercier par le biais de ce billet, de tout ce qu'ils nous ont offert comme moments de joie. Ce fut un merveilleux bienfait pour mon fils !

Le verdict tomba le 10ème jour. Ce jour fut une atrocité. Les médecins veulent vous parler. Votre cœur bat la chamade à vous en faire éclater la tempe. Vous avez peur de ce qu'ils vont vous annoncer, mais en même temps, vous devez, vous voulez savoir. Dans un sursaut d'espoir, vous imaginez qu'il va vous dire que tout va bien. Puis les mots arrivent à vos oreilles, claquants comme autant de coup de fouet. Cancer des os au niveau oculaire. Impossible d'opérer, trop dangereux de toucher cette tumeur, le cancer pourrait se disperser dans tout le corps.

En quelques mots, le médecin fit de moi une écorchée. Le sol se dérobait sous mes pieds, ma tête était enserrée dans une cloche, je ne voyais plus que du noir. Je vivais, nous vivions un cauchemar.
Dites-moi qu'on le sauvera, docteur ( Maya Beck) ! Qu'il vivra" Combien de fois a-t-elle entendu ces mots venant de parents effondrés, elle, si douce, si humaine et sincère, et pourtant si réaliste ?

Le traitement fut prescrit : chimiothérapie durant 2 mois, à raison d'une fois par semaine. Lorsque l'on vous cite les effets secondaires que votre enfant risque d'endurer, vous vous sentez plus mal encore ! A partir de cet instant, tout était devenu concret : Je réalisais enfin que mon fils était gravement malade. L'injustice de la chose vous assaille, en même temps que des milliers de pensées de toutes sortes. J'ai eu le bonheur et la chance d'être entourée de tant de belles personnes que cela m'a énormément aidée, ainsi que ma famille.

Les premières chimio furent pénibles. Nous nous retrouvions avec d'autres enfants, atteints du même mal, avec d'autre Mamans, aussi démunies que moi. La sensation vécue dans ces moment-là, je ne puis la décrire : cela passe de l'espoir au découragement, de l'angoisse à l'apaisement, mais partout flotte une sensation étrange de douleur physique et morale. Ces moments furent profonds et intenses, et les avoir vécu avec mon Donovan, nous a vraiment marqués. Mais là aussi, mon petit homme se montrait souriant et content de voir Valérie, Fifi, Yolanda, ses gentilles infirmières, qui nous ont toujours témoigné leur tendresse. Merci à ses petits anges blancs de veiller sur nos enfants avec tant de dévouement. Après ces dures séances de chimio, Donovan savait que nous allions nous promener tous les deux à Ouchy, en amoureux, que nous nous arrêterions sur une jolie terrasse afin d'y boire sa boisson préférée et être câliné par sa Maman.

 

Aujourd'hui, Donovan est guéri. Il y a encore, bien sûr, ces interminables bilans de santé, qui durent parfois 6 heures, passées dans les sous-sols de l'hôpital, pour y subir scanner, IRM et j'en passe. C'est difficile, pour une Maman, de voir le petit corps frêle et nu de son petit garçon au milieu de toute cette technologie. L'enfant, lui aussi, souffre de cette situation. Mais c'est cette technologie qui a aidé à la guérison de mon fils !

A tout le personnel soignant et hospitalier, à toutes ces personnes touchées par la grâce qui ont approché mon enfant pour lui apporter de l'aide, du soutien et du réconfort, je vous dis un brûlant Merci. Vous avoir rencontrés me conforte dans l'idée que des êtres d'exception font parfois leur ouvrage dans la simplicité et le dévouement. Merci à vous d'être, d'exister !

Mon Donovan à aujourd'hui 12 ans et il est vraiment guéri. Je ne peux que le remercier de tout mon cœur de m'avoir fait ce cadeau inespéré : guérir. Mais il a eu besoin d'aide pour me faire ce merveilleux présent : celle de la Médecine, qui fait chaque jour des progrès considérables, et celle de Dieu, sans qui sa Maman n'aurait sans doute pas tenu aussi bon. Nous somme maintenant enfin réunis, tous ensembles. Sa maman, ses frères, sa famille, ses amis, nous allons pouvoir vivre encore beaucoup de belles choses ! Bien sûr, il va devoir faire des bilans de santé, chaque année jusqu'à l'âge de 20 ans, mais nous restons confiants. Et à chaque fois, ce petit bout d'homme me dit " tu vois maman ! Je savais que je vivrais et serais en bonne santé ". Mon Dieu, mon fils, comme je t'aime ! Comme je t'aime !

Permettez-moi encore de vous raconter cette petit histoire, lourde de sens : une heure avant d'entrer en salle d'opération, Donovan, de sa petite voix, me demande : " Maman, si je tombe dans un puits, dans un trou tout noir, que feras-tu pour me sauver ? ". Je restai pensive. Pourquoi un puits ? Pourquoi ce trou noir ? Mais bien sûr, je ne tardai pas à saisir le sens de ces mots : c'était sa façon, à son si jeune âge, de verbaliser, la Fin, le Néant. - " La seule chose que je puisse faire pour toi, si tu tombes dans ce trou, c'est de t'envoyer une longue corde, répondis-je tant bien que mal. Mais si tu veux te sauver, il faudra tu attrapes cette corde et toi seul pourras la tenir très fort pour que je puisse te hisser bien vite au dehors ". Il me regarda tendrement, esquiva un beau sourire et s'endormit, sous l'effet de la piqûre.

J'ai trouvé cette histoire si symbolique et si profonde que je me devais de vous la rapporter. J'ai toujours pensé que les épreuves ne nous arrivent pas par hasard. La Vie nous offre des occasions de tirer parti de chaque situation, d'en faire une expérience d'évolution. L'aventure que mon fils et moi avons vécue m'a beaucoup fait réfléchir. Ce que nous avons vécu de douloureux, bien sûr, mais également sur les expériences merveilleuses qui en ont découlé. Elle nous a appris à Vivre. Elle nous a permis d'apprendre beaucoup sur nous et sur ceux que nous avons rencontrés. Sur ce que nous avons reçu. Tous ces cadeaux que nous a offert l'ARFEC lorsque nous en avions tant besoin, notamment lors des sorties et des camps de l'ARFEC. Nous y avons vécus des moments bénis.

J'ai dit à mon fils que de tous ces douloureux moments, nous en ferions quelque chose de positif. Ceci ne pouvait, en aucun cas, être arrivé sans raison. Il y avait forcément un message, une leçon à en tirer en vue de quelque chose qui demain prendra peut-être réalité.

Béatrice Furer, une maman reconnaissante.